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Portrait de Lucas de Staël

Il fourmille d’idées originales, comme de fabriquer des lunettes en pierre ou en cuir, comme de réinventer le binocle pour créer le trinocle, comme de sortir des lunettes en marqueterie à base de coquilles d’œufs… Il aime sortir des sentiers battus de la lunetterie pour se trouver là où on ne l’attend pas et quand il n’est pas à ses lunettes, il a les pieds qui dansent et les doigts qui dessinent. Voici le portrait du créateur Lucas de Staël.

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© Lucas de Staël

Quel est le parcours qui vous a poussé à créer des lunettes ?

Lucas de Staël : J’ai fait des études de design industriel à Paris, à l’ENSCI-Les Ateliers précisément. Durant mes études, j’ai effectué des stages dans le domaine de la lunetterie et sortant de l’école j’ai travaillé chez le créateur de lunettes Face à Face durant 1 an et demi, chez qui j’ai approché plus précisément la fabrication. Après cette expérience, je me suis finalement rapidement lancé dans la création de ma propre société. J’avais, en effet, déjà en tête, des idées que je voulais exploiter. Les premiers mois ont consisté à développer des prototypes et à déposer des brevets pour lancer ma première collection.

Qu’est-ce qui vous tenait à cœur dans cette première collection ?

Lucas de Staël : Le nom de ma société « Undostrial » le résume assez bien. Ce nom part d’un jeu de mot avec « undo » qui en anglais signifie « défaire » et l’idée était donc de travailler à « défaire le procédé industriel ». Cela reste d’ailleurs toujours notre leitmotiv aujourd’hui. Nous n’avons de cesse de repenser les procédés industriels de la lunetterie pour travailler de manière plus artisanale. On essaye toujours de tout faire nous-mêmes avec les moyens du bord ! L’école par laquelle je suis passé m’a appris à me confronter la production puisque nous avions divers ateliers de fabrication et beaucoup de matériel à disposition. Je voulais exploiter cette compétence et non pas être simplement « styliste ». Ces dernières années chez Undostrial, nous avons évidemment peaufiné nos outillages et nos machines que nous avons adaptés aux matières spécifiques que nous travaillons. Il y a 7 ans, nous avons monté une nouvelle marque à mon nom, Lucas de Staël, où nous faisons de l’artisanat haut de gamme de montures de lunettes.

Nous restons des fabricants de lunettes assez marginaux par rapport au reste de la profession et n’utilisons pas forcément les techniques classiques de la lunetterie. Nous sommes, en outre, labellisés « Entreprise du patrimoine vivant ».

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© Lucas de Staël

À quoi ressemblaient vos premiers modèles ?

Lucas de Staël : Au démarrage, je faisais des lunettes en gomme, l’équivalent de ce qui compose les roues des skateboards. Il s’agissait de lunettes très souples, avec une structure en métal. Je faisais tout à la main, chez moi, dans ma salle-de-bain. Ce premier produit était très innovant, et industrialisable mais cela aurait demandé des investissements très lourds, donc très risqués. Mon deuxième projet était meilleur et plus facilement exploitable et nous avons toujours des modèles chez Undostrial qui en sont inspirés. Il s’agissait de montures en acier ou inox, en une seule pièce, sans charnière, flexible avec des ajouts en silicone.

Depuis, vous avez sortis des collections assez différentes sous votre propre nom…

Lucas de Staël : Effectivement, au bout de 5 ans, j’ai eu envie d’évolutions, de travailler des matières plus précieuses comme le cuir par exemple. Aujourd’hui, nos modèles sont surtout en cuir, bois ou en pierre, gainés autour d’une structure en métal, toujours très flexibles. Ce sont des modèles plus sophistiqués que nos premières collections. Récemment, nous avons même sorti des lunettes très exceptionnelles en coquilles d’œuf.

© Lucas de Staël

© Lucas de Staël

© Lucas de Staël

Quelles sont vos inspirations ?

Lucas de Staël : Je suis fasciné par tout ce qui se cache dans la nature et se trouve soumis à des lois universelles mathématiques comme la biodynamie ou les fractales. J’aime le côté magique de certaines matières et le défi de travailler des matières que personne n’a jamais exploitées dans le secteur de la lunette.

 

Quels sont les créateurs de lunettes qui retiennent votre attention ?

Lucas de Staël : J’aime beaucoup le travail d’Anne et Valentin. Pour moi c’est un sans faute, tant au niveau des produits que de l’image. J’aime aussi les lunettes en bois de chez Rolf. Nous avons commencé pratiquement en même temps, et même s’ils sont plus développés que nous aujourd’hui, ils restent, comme nous, des artisans. Il y a aussi les copains, comme Xavier Derome qui travaille en autoproduction. Je suis également très intéressé par l’Espagnole Nina Mûr ou les Français Baars. Enfin, il y a Mykita, qui a marqué pour moi l’histoire de la lunetterie.

À quoi ressembleraient les lunettes idéales que vous pourriez créer ?

Lucas de Staël : Je crois que je voudrais faire une sorte de synthèse de tous nos savoir-faire et je pense que le résultat ne serait donc pas très beau mais c’est un concept auquel nous réfléchissons beaucoup.

 

Quand vous n’êtes pas au travail, vous êtes où ?

Lucas de Staël : Je suis quand même souvent au travail mais j’adore danser, surtout la salsa ! J’ai également beaucoup pratiqué le yoga, mais je me suis un peu calmé. Enfin je dessine des montagnes en noir et blanc. C’est la passion de mes vacances, que je passe donc soit à la montagne, soit à la mer. J’aime aussi partir loin l’été et découvrir des lieux que je ne connais pas.

Pourriez-vous vivre ailleurs qu’à Paris ?

Lucas de Staël : Non, car j’aime Paris. Je suis Parisien depuis 25 ans. J’ai quand même un peu voyagé grâce à mon travail et résolument avec mon métier actuel, Paris est la ville idéale pour moi. Paris est une ville tellement belle, tellement variée sur le plan culturel. J’ai l’impression que l’on a accès au monde entier en restant à Paris. Si je devais quitter Paris, ce serait pour aller à la campagne, dans le Vaucluse par exemple.

 

Qu’est-ce que vous écoutez comme musique, quel type de cinéma aimez-vous ?

Lucas de Staël : Je suis un amateur de “worldwide music”, avec une grande préférence pour les musiques brésiliennes, angolaises ou haïtiennes des années 1960 à 1980. Je travaille constamment en musique. Cela dit, en soirée, je peux danser sans problème durant 6 heures sur de l’électro, mais je ne peux pas en écouter si je ne peux pas danser !

Je ne suis pas particulièrement cinéphile mais j’aime les films de Wim Wenders ou de Quentin Tarantino. Dans l’ensemble, j’aime les films d’action et les vieux films français mais je ne supporte pas les films d’horreur ou violents.

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© Lucas de Staël